Jeudi 29 juillet 2010 4 29 /07 /Juil /2010 20:44

 

Vient enfin le moment de partir, reprendre la route de Bangalore où il devient très urgent que je récupère ma carte bleue. Dans le bus, je rencontre, Timer un hollandais tout juste majeur qui se trimballe avec son djembe. Deux bus de nuit et une journée à Bangalore plus tard, on se retrouve tous les deux à Hampi dans une chambre de l’association Hampi children trust pour laquelle je vais faire un peux de volontariat. Mon collègue n’est en revanche pas très motivé, il a déjà fait un mois de volontariat dans un orphelinat de PONDICHERRY et apparemment, ça l’a un peu dégouté des enfants ! Il s’en va deux jours plus tard, je vais rester au bord de cette charmante rivière une bonne semaine de plus.

A vélo ou à pieds, on explore ces majestueux temples et autres ruines de Vijayanagar, une des   plus grande villes d’Asie il ya de cela cinq bonnes centaines d’années, où près de 500 000 personnes vivaient dans ce lieu magique consacré royaume des dieux des singes.

Effectivement, il ya des singes partout, des petits et des plus gros, des peureux et des voleurs qui guettent depuis les arbres ou les toits, prêts à dérober, rapides comme le vent, de la nourriture qui ne serait pas surveillée.

La ville ressemble maintenant plutôt à un village paisible planté dans un décor de westerns, avec une rivière qui borde le village, sans pont, alors elle se traverse à bord d’un petit bateau à moteur ou d’un radeau de fortune, en feuilles tressées recouvertes de plastique. Lorsqu’on arrive, Timer et moi, à un point de passage après avoir pédalé et porté nos vélos sur quelques kilomètres, pas de bateau, mais un de ces radeaux. Dans la file d’attente, une huitaine de personnes et deux motos qui nous laissent perplexes. Nous pronostiquions déjà sur nos chances de pouvoir embarquer sur ces coquilles de noix avec nos vélos alors on imagine que les bécanes ne sont là que pour attendre les passagers qui sont en train de faire la traversée en sens inverse …

 Enfin on embarque !

 Les vélos d’abord.

Bon. Les deux d’un coup ?

Oui oui les deux.

Viennent les motos !

 Quoi ? Les deux ?!

 Puis les passagers.

On se case où l’on peut, on a déjà les pieds dans d’eau.

 Et c’est parti!  L’eau monte jusqu’aux chevilles, puis jusqu'aux mollets, mais c’est normal qu’on nous dit. Il n’y a qu’à en retirer au fur et à mesure et hop, nous voilà de l’autre côté ! Un bain n’aurait pas été désagréable par cette chaleur mais nos vélos ne savent pas nager. Bref, contents d’être au sec de l’autre côté.

Lorsque je veux me baigner, j’apprends que c’est interdit aux touristes. C’est pô juste que je me dis, nous aussi on a chaud ! Je me mets en quête des waterfalls, les cascades qui sont un peu en amont, en me disant que ça sera plus tranquille et que je pourrai m’y baigné sans être vu. Après une demi-heure de marche, je tombe sur une femme assise sur un tronc d’arbre qui me demande : waterfalls ?

Yes, que je dis, this way ?

Et je continue à marcher en me disant que je tomberai bien dessus en longeant la rivière. Mais c’est que je suis suivi ! En fait on m’avait parlé d’elle, elle accompagne les visiteurs et leur montre le chemin contre un petit billet. Mais c’est que je veux les trouver tout seul moi, ces waterfalls. Ça n’a pas l’air facile, quant j’accélère le pas, elle accélère aussi et puis bien vite je me rends compte que son aide est précieuse pour trouver l’étroit chemin qui traverse des marécages. Je lui demande où est le meilleur endroit pour se baigner et elle me montre un endroit sans trop de courant, mais où l’eau n’est pas vraiment claire, me soutire deux billets et repart aussi sec. Et moi eh bien je me baigne enfin, mais sans trop de plaisir, l’eau ne donnant pas vraiment envie. Le lendemain, je me réveille en me grattant, et découvre de belles plaques rouges un peu partout sur le corps… Je comprends mieux pourquoi la baignade est interdit aux touristes ! En fait la rivière est ultra polluée par l’exploitation de plusieurs mines un peu en amont.

C’est Rob the painter qui m’explique ça, un peintre hollandais que le peintre autrichien Sam -que j’ai rencontré à Matala- avait lui-même rencontré 20 ans plus tôt lors d’un voyage en Inde. En Crète, Sam m’avait demandé d’aller passer le bonjour à son vieux copain Rob si par hasard je passais par Hampi. Et comme Hampi c’est un des incontournables, et que c’était sur ma route, ça tombe bien ! Rob est marié à une indienne, et ils ont des enfants de mon âge et des enfants qui pourraient être les miens. On passe un bout de temps à parler du temps qui passe et qui transforme l’Inde devant son nez depuis plus de vingt ans.

 Retour à l’association Hampi Children’s Trust où j’arrive pour huit heures du matin sur la terrasse qui surplombe ma chambre, et accueille les enfants qui arrivent, m’assoie avec eux sur le sol et joue à leurs jeux dont ils tentent souvent de m’expliquer les règles dans leur langue, le kannada. Des plus grands, qui ont plus d’années d’anglais derrière eux, me viennent parfois en aide pour pouvoir comprendre. En échange, je vérifie quelques opérations,  les motive à finir quelques lignes d’écriture ou à réviser leurs tables de multiplication. Mais le matin, le plus gros des devoirs est déjà fait, sauf pour ceux qui sont passés à travers les mailles du contrôle de l’après midi précédente. Parfois il faut éplucher les légumes, passer le balai ou servir le petit déjeuner. Lorsque ce dernier arrive, tout le monde s’assoit sur des nattes à même le sol et on mange avec les doigts. Enfin on vérifie les cartables, parfois on chante un hymne ou un autre, et enfin les enfants repartent comme ils sont venus, au compte goutte, pour prendre la direction de l’école.  Ils reviennent vite fait pour le déjeuner, repartent pour quelques heures d’écoles de plus et ils sont déjà de retour pour les devoirs, les cours d’anglais, de musique ou des jeux, et leur diner. Le tout dans un joyeux brouhaha, et je suis surpris de voir que les cris de plus jeunes ne dérangent pas plus que ça les cours de musique qui ont lieu un mètre plus loin.

Le samedi après-midi, on quitte enfin cette petite terrasse et on va jouer dehors.

Ce sont des enfants qui n’ont pas de parents pour s’occuper d’eux mais un toit pour dormir, offert le plus souvent par quelques membres de leur famille. A Hampi, il y a beaucoup de touristes, quelques pauvres et beaucoup de villageois qui gagnent plus d’argent qu’ils ne peuvent en dépenser. Heureusement que l’alcool est interdit dans ce lieu sacré ; car il fait déjà pas mal de dégâts chez les patrons d’hôtel restaurant ou les chauffeurs de rickshaw. Et on trouve toujours un serveur pour camoufler un peu de rhum dans un verre de coca ou une tasse de thé à la terrasse des roof top restaurants qui offre des vues imprenables sur le temple ou la rivière.

A Hampi, il ne pleut pas souvent, même pendant la mousson, et quand il fait trop chaud et que le ciel a l’air de tenir ses étoiles sous son aile pour toute la nuit, alors les habitants sortent les matelas des maisons et toute la famille peut dormir à l’air frais. Lorsque le ventilateur de ma chambre s’arrête de tourner à cause d’une panne d’électricité, je pense souvent à faire la même chose mais préfère me promener dans les ruelles noires du village en attendant que le courant se rétablisse. Mais je ne m'éloigne jamais très loin car les chiens , la nuit, sont bien plus agressifs que le jour quand ils ne reconnaissent pas les gens qui passent. Ceux de mon quartier, eux, se sont habitués à ma présence.


Voir les 1 commentaires
Ecrire un commentaire
Samedi 26 juin 2010 6 26 /06 /Juin /2010 12:26

 

(Paris)Mohan Kumar a vécu une petite trentaine d’années en France, il est revenu en Inde il y a quelques années maintenant.  Il a reçu le prix je ne sais pas quoi de l’Unesco et fait partie des 40 plus grands peintres du monde d’aujourd’hui selon la même organisation. (Je me demande bien pourquoi et comment 40 !). Je ne sais pas s’il a des copains là bas, mais il a beaucoup d’amis bien placés ; surtout dans l’administration et les médias. Beaucoup d’ennemis aussi comme certains ministres et quelques autres qui ont laissé les cicatrices de leurs différends sur le corps et l’esprit du peintre. Esprit de persécution et génie du pinceau semblent pourtant faire bon ménage tant ses toiles sont, pour la plupart, vraiment saisissantes. 

Il n’est pas grand, souvent en blanc, sa tunique assortie à sa longue barbe et ses long cheveux. Un peu à la Panoramix, oui, et tant qu’on y est j’ai trouvé à qui me faisait penser Joshi, au Chubaka de la guerre des étoiles ! Mohan ne vit en fait pas vraiment dans la forêt, mais au bout d’un village bien perdu dans les petites montagnes du centre ouest de Kerala. De la forêt, il ne reste que son jardin, les proches alentours ayant été déboisés par les villageois qui vivent principalement d’agriculture. Ici, il y a des bananiers un peu partout, d’autres fruits et quelques légumes aussi, jamais loin des champs de thé ou de café.

Un peu comme les carottes, les bananes et les feuilles de thé ; les musulmans, les indous et les chrétiens vivent ici les uns à côté des autres sans que ça ne pose problème. Les chrétiens, je les ai surtout rencontrés grâce à l’hospitalité qu’ils offrent sur internet (comme celle de Fidel, la famille de Joshi est chrétienne). Les musulmans, je les ai principalement côtoyés sur la route, ils ont souvent une voiture, ce qui est évidemment très loin d’être le cas de tout le monde ici (et encore heureux parce que leur routes sont déjà complètement saturées). Souvent, les hommes travaillent à Dubaï, où, parait-il, ce n’est plus vraiment ce que c’était pour ces travailleurs indiens qui là bas aussi connaissent un peu la crise ; mais ils s’en sortent quand même souvent comme des rois quand ils rentrent à la maison. Et puis les Hindous on les rencontre un peu partout, du mendiant au guru, du boss au servant. Pour ceux qui veulent devenir «touchables», il est parfois préférable de changer de religion, cela peut permettre de s’envoyer en l’air socialement parlant.

A une heure de marche de la maison du peintre se trouvent de magnifiques cascades. Pour s’y rendre, il faut marcher, et plus ça monte, plus c’est joli. C’est facile de savoir quand on se rapproche du lieu, il y a pas mal de plastique ou de verre aux alentours. Mais le cadre reste superbe, je n’ai jamais vu plus confortable pour prendre une douche, un bain, faire une lessive et bronzer un peu!

La cascade se développe sur plusieurs niveaux, avec à chaque fois une sorte de bain dans la roche où l’on a parfois tout juste pied, alimenté par une bonne chute d’eau qui fait office de douche. Comme on est plutôt haut dans la montagne, l’eau est propre et même bonne à boire. Comme il fait très chaud, on est content qu’elle soit fraîche… Cette baignade est un vrai plaisir, et si on oublie les déchets, le lieu a vraiment des airs de petit coin de paradis. Avec Joshi, on y passe plusieurs heures, bullant dans l’eau, au soleil ou à l’ombre en attendant que notre linge finisse de sécher.

On passe trois jours agréables chez ce peintre sympathique qui dort à même le sol avec quatre chiens et deux chats.

Puis on continue notre périple en duo, on passe par Mysore où l’on visite un majestueux palace, et, après avoir partagé une chambre d’hôtel pour la nuit on prend la direction d’Ooty, et d’un ashram que connait Joshi. J’ai un peu du mal à imaginer à quoi ça peut ressembler un ashram, mais ça à l’air intéressant, un lieu spirituel propice à la pratique du yoga et de méditation… souvent  ouvert aux voyageurs et aux curieux, parfois même comme ici en leur offrant le gite et le couvert ! Je suis aussi curieux de rencontrer le guru (qui est loin d’avoir ici le sens négatif qu’il peut avoir chez nous) que de m’imprégner d’un lieu à l’énergie particulière. En chemin, on essaie le stop, une première pour mon compagnon, et après quelques dizaines de kilomètres vers le sud et la visite du temple de Nanjangud, on se retrouve bloqués car la route qui traverse les montagnes est fermée pendant la nuit ! On trouve alors, dans le jardin d’une église, un coin confortable pour s’allonger sous les étoiles ; même si,  parce qu’on n’a pas osé planter la tente, les moustiques nous font la conversation une bonne partie de la nuit. Lorsque le soleil se lève, on fait pareil pour rejoindre la route où la première voiture se trouve être un bus aux limited stop dont le chauffeur, à la vue de notre panneau d’autostoppeurs, accepte de rajouter un arrêt imprévu à sa course folle… On découvre la station de bus quatre heures plus tard, bien fatigués… Encore cinq kilomètres à grimper, un coup de pouce pour nous aider, et nous voilà arrivés!

Siégeant sur les hauteurs d’une des nombreuses collines  qui environnent la ville d’Ooty, cet ashram et son grand jardin offre des vues imprenables sur les plantations de thé qui s’étalent en terrasse tout autour. On est bien accueillis par un guru gentil et avenant qui nous offre un bon repas et une chambre très simple qui donne l’impression d’être la cellule d’un moine dans un monastère. Le lendemain, on déménage au fond du grand jardin où il y a quelques cabanes en bois  après un remarquable bâtiment, construit dans un style chinois, qui se trouve être à la fois le tombeau du dernier guru et une salle de méditation.

La nuit, j’entends souvent les buffalos sauvages respirer ou piétiner de l’autre côté du fin mur de bois de ma cabane.  Parfois, par la fenêtre, je peux apercevoir leur impressionnante silhouette éclairée par la lune. On m’a prévenu, faut faire gaffe à ces sortes de taureaux sauvages à la peau noire et épaisse et aux cornes impressionnantes. Mais ils ne viennent ici que la nuit, lorsque les hommes sont endormis ou silencieux.

Un matin, dans les champs de thé proches de ma cabane, on s’agite, c’est le début des vendanges, euh pardon, de la récolte des feuilles de thé! Curieux, je m’approche, discute avec le boss qui regarde travailler une dizaine de femmes aux mains super agiles et aux épaules solides. Sans même que je ne lui pose de questions, il me prévient de suite, « ce n’est pas du bio » !

Puis un coup de fil l’éloigne des champs et au même moment une femme au visage ridée sort du champ avec un énorme ballot de feuilles de thé sur la tête. Je m’avance vers elle et lui propose mon aide qu’elle accepte volontiers,  emmène la trentaine de kilos de thé un peu plus haut là et la renverse sur une grande bâche de laquelle d’autres femmes, un peu plus jeunes, se rapprochent aussi avec  d’autres énormes paquets. Ces dernières refusent mon aide, mais d’autres m’invitent dans les routes de thé et me montrent comment procéder. Il faut prendre les feuilles les plus jeunes, le vert le plus clair, hop on arrache ça le plus vite possible pour mettre le tout dans un sac qu’on porte sur le dos. Ce n’est pas si simple, je suis très loin d’être aussi rapide que toutes ces mains entrainées depuis de longues années. Si seulement j’avais un sécateur et des grappes de raisins, je serais bien plus efficace ! Bientôt une discussion éclate, je comprends qu’on parle de moi bien que je ne comprenne pas un seul mot. Il y a celles qui ne voient pas mon aide d’un bon œil, probablement par peur que je fasse mal mon boulot ou que le chef juge mon aide comme une raison de leur baisser leur revenu.  Celles qui, en revanche, s’amusent de me voir bosser avec elles, devront bientôt s’incliner devant les premières. On me fait gentiment comprendre qu’il est mieux que je les laisse travailler.

Le temps est très curieux ces jours ci, de grosses pluies entrecoupées d’éclaircies annoncent l’imminente mousson. Un soir dans une cabane aux larges baies vitrées, j’ai une vue parfaite pour observer, bien à l’abri, un énorme orage éclater : les éclairs déchirent le ciel, illuminent les paysages en terrasse et donnent de la profondeur au relief, ce qui instaure une atmosphère plus mystique et fascinante qu’inquiétante et transforme ce gros orage en un véritable spectacle !

Un des rares disciples de l’actuel guru a essayé de l’égorger quelques années plus tôt, en lui disant, un couteau de cuisine à la main : « si tu saignes, t’es pas le guru ! ». Finalement, le guru est toujours guru, le disciple est toujours disciple et ça fait marrer tout le monde maintenant.  A 18h30, c’est l’heure de la prière alors, curieux, je suis allé voir plusieurs fois à quoi ça ressemble. Le guru commence par de petites incantations, j’ai comme l’impression qu’il s’adresse à l’esprit de ses prédécesseurs. Puis, il  fait une lecture, avec une voix si grave et parfois si mystique que c’est difficile de ne pas trouver ça drôle. La plupart du temps je ne comprends rien à ce qu’il lit tellement le timbre de sa voix est difficile à saisir. Il peut lire un extrait d’un des livres du dernier guru comme il peut nous lire un extrait d’un bouquin de sociolinguistique sur la question du genre dans le langage ! Je comprends mieux pourquoi Joshi m’avait présenté c et ashram comme un lieu « intellectuel ». Enfin, on chante, ou plutôt Joshi chante des morceaux qu’il a composés et on l’accompagne à coup de tambourin ou de maracasse. L’ensemble de ces séquences ne durent rarement plus d’une demi-heure…

Je ne m’essaie pas vraiment à la méditation et au yoga, et passe mon temps entre lecture et promenade, pour changer ! Mais vient vite le moment de reprendre, seul, la route de Bangalore où il devient très urgent que je récupère ma carte bleue.

Voir les 2 commentaires
Ecrire un commentaire
Vendredi 4 juin 2010 5 04 /06 /Juin /2010 11:00

Je me remets en route deux nuits plus tard avec une seule idée en tête, essayer le stop vers et dans Kerala, au sud, en longeant la côte.

Bilan.

Le stop ça marche. Les gens s’arrêtent facilement.

Parce qu’un blanc avec le pouce en l’air à la sortie d’une ville ou d’un village, forcément ça interpelle. Alors on s’arrête, on lui demande ce qu’il cherche et où il va. On fait ainsi un bout de chemin, et c’est bien moins dangereux que le bus ! On fait parfois des petits détours, comme la première voiture qui me trimballe un peu partout, du marché aux poissons jusqu’au garagiste en passant par la pause thé.  Mais impossible d’expliquer qu’on ne veut pas de station de bus ou de train pour continuer. Même ceux qui parlent anglais ne comprennent pas le mot hitchhiking (randonnée avec son pouce). Quand même, il y a les chauffeurs de camion, qui parle rarement anglais mais qui comprennent mieux en quoi consiste le stop, et qui vont aussi plus loin. D’ailleurs les camions tata indiens sont magnifiques, peints de nombreux symboles hindous de toutes les couleurs… Enfin les couleurs ici, ce n’est pas ce qui manque!

Chaque personne, chaque étalage de magasin sont autant de boutique de peinture à travers lesquelles il faut se faufiler jusqu’à la sortie de la ville plus propice à la levée de pouce…  C’est devant ces boutiques improbables qu’on se fait un copain par regard et quetrop souvent on me demande :

Hey boss!  (What’s) your good name?  (What’s) your country?

On me regarde avec le sourire et avec curiosité.  On est très aimable, au début je m’arrête pour poursuivre la conversation qui se prolonge rarement.

Ce qui est étonnant, c’est qu’ils utilisent toujours les mêmes mots, à chaque fois les mêmes questions. Et parfois, plus d’une dizaine de fois par minute ; alors au bout de la soixante treizième personne, il me vient des petites fantaisies, histoire de rester poli. Je m’invente tout un tas de noms, de Nelson à Gaston, et des pays, je crois que c’est encore plus drôle, dire sérieusement que l’on vient du Sénégal ou du Japon.

Je rêve d’un tee-shirt portant l’inscription : I’m not a boss!

Parce que parfois, j’ai la drôle d’impression d’être une star de cinéma saluant la foule qu’il croise sur son chemin !

Fin d’après midi, la star est à bout de souffle, profil bas et la sortie de la ville qui n’arrive jamais. C’est là qu’un gentil monsieur m’adresse la parole… différemment. Il ne m’appelle pas boss, ne me demande pas tout de suite mon nom ou mon pays. Il regarde simplement mon air fatigué et me salue, me demande si ça va et où je vais ? Je lui réponds d’un air plutôt résolu, « Mahé », l’ancienne colonie française qui se trouve cinq kilomètres plus loin. Je ne sais pas trop pourquoi je vais là bas mais je n’ai guère envie d’aller plus loin. Très bien qu’il me dit, je t’emmène ! Et il me montre sa motocyclette, sur laquelle je prends place avec mon gros sac sur le dos. Il m’aide à trouver un hôtel  et me laisse avec son numéro de téléphone. Il est professeur de méditation et de yoga !

Ma première chambre d’hôtel indien n’a rien d’extraordinaire. Sur le lit, j’installe la chambre de ma tente en guise de moustiquaire. Dès fois il fait noir, et puis la lumière revient. A Mahé, il y a des petites plages pas très engageantes et un fleuve remuant. Ce n’est pas le même gouvernement que dans le reste de l’état de Kerala, la ville étant rattachée à Pondicherry sur l’autre côte. Alors l’alcool est beaucoup moins taxé, et on en profite pour venir de loin pour boire. Je préfère écrire et dormir.

Le lendemain je continue le stop vers le sud. Sur la route, un internet café, ça faisait longtemps. Je lis un message de Joshi m’invitant chez lui dans son art center à la campagne. Mais Meloor, ce n’est pas tout près ! Vite un bus ! Un autre, le dernier, puis un taxi 3 roues jusqu’au village et hop bonsoir Joshi ! il vit avec ses parents, grands parents, frère, etc. Il est « artiste ».  Il dort dans une cabane près d’une mare au fond du grand jardin. Sur le chemin, il y a un grand atelier pour travailler le bois. Il y a un monsieur qui sculpte des éléphants en coinçant un gros bloc de bois entre ses pieds. Il ne fait que ça, il le fait très bien. Parfois il fait de petites variations, la famille éléphant, le combat d’éléphants… Un autre gars orne une table ou d’autres meubles que l’on rénove. Il y a aussi un sculpteur à la moustache blanche et aux petites lunettes qui fait du sacré beau boulot. Yoshi lui, est peintre, chanteur, sculpteur, poète, et quelques autres trucs. Il passe son temps à dormir, manger, et contempler. Parfois il lit un peu ou médite. Il est grand et costaud, avec une belle barbe brune et des cheveux assez longs dont certaines mèches sont rougies au henné. Les ongles de sa main gauche font bien 5 cm ! Et à sa main droite, il a un poil d’un bon kilomètre. Il fait des phrases très simples et faciles à comprendre du style : « i think it is rainning » et des réponses « that is possible » pas contrariantes. Chez Yoshi il y a des livres en français ! Alors j’en profite un max pendant deux jours, lire et se promener à la campagne. Ça change du vacarme de la ville ! Un soir, assis au bord d’une grande rivière où nous digérions deux verres de coco nut beer, il me parle d’un peintre qui parle français et dont c’est l’anniversaire. 36 heures plus tard, on part lui rendre visite. Il vit dans la forêt au milieu des indigènes !
Voir les 4 commentaires
Ecrire un commentaire
Vendredi 4 juin 2010 5 04 /06 /Juin /2010 10:50

5 jours d’adaptation plus tard, je me suis presque fait à la chaleur et aux épices, il est temps de partir. Mais comme pour prendre le train ici, il faut réserver environ une semaine à l’avance ou être totalement compressé pendant tout le trajet, je prends le car pour partir à la mer!

Enfin j’essaie parce que ce n’est pas si simple. Ici, tu peux demander n’importe quoi, on ne te dira jamais non, mais plutôt oui. Mais on te parle avec la tête, alors c’est encore plus dur de comprendre.  Quand on dodeline la tête de droite à gauche, ça équivaut à peu près à un yes. Parfois, je m’entraine devant la glace à essayer de dire oui en indien…pas facile mais très drôle ! Si tu demandes si ce bus va à Paris on te dira quand même oui histoire de ne pas te contredire. Et puis si tous les chemins mènent à Rome, on n’est plus très loin de Paris.

 Bref, j’ai trouvé le bon car, youpii ! Et je cherche ma couchette. Je n’ai pas eu vraiment le choix, tous les sièges étaient déjà réservés ; et puis je me suis dit, quitte à partir à 21H00 pour arriver à 7h30 (ce pour faire 350 km !), autant être couché ! Mais alors quelle couchette ! Juste au dessus de la roue arrière gauche, un petit bout de matelas qui flotte au dessus des sièges grâce à deux barres en métal qui font aussi office de protection contre les chutes.

 Parce que bon, ça va être sport !

J’escalade après avoir fait monter mes deux sacs qui occupent déjà des trois quarts de l’espace…  J’essaie d’imaginer la conduite la plus sportive possible (mais je suis très loin du compte) et place mes sacs comme protection. Je me faufile ensuite entre le mur et mes deux air bags et, bien à l’étroit, je lorgne sur la double banquette encore vide de l’autre côté du couloir. Mais on m’a dit que le car serait plein, et puis au moins je suis bien calé…

C’est parti !

Saga of India, attention les secousses, saga of India, ils ont le feu aux trousses!

J’avais déjà remarqué que les routes étaient complètement défoncées et que les gens conduisaient comme des tarés mais je n’avais encore jamais expérimenté ça couché au fond d’un car. Je suis plutôt satisfait de mon système anti choc même si je profite d’une pause pour m’y caler un peu mieux. Pendant cette pause qui s’éternise, je m’attends à voir monter d’autres passagers ; mais non. En revanche, ça fait un bout de temps que j’entends des gros BOUM BOUM sur le toit. Intrigué, je regarde par ma petite fenêtre qui m’offre une vue imprenable sur cette scène:

Sur le trottoir des énormes cartons et d’autres gros objets emballés en formes bizarres sont alignés comme des suspects.  Deux jeunes hommes sont là pour les soulever et les déposer sur le crâne d’un troisième qui, une fois la tête pleine, les colis bien en équilibre, monte une échèle adossée au bus et les dépose sur le toit où deux derniers compères les disposent un peu mieux. BOUM BOUM. Je sens la tôle légèrement plier sous le poids que l’on dépose au dessus de moi. Et l’on recommence sur toute la longueur du car. Je me demande bien où est ce qu’ils trouvent la place de mettre tout ça. Certes il y a de la longueur mais qu’est ce qu’il y a comme paquets ! Et puis costauds les colis hein ! Enfin, celui qui m’impressionne le plus,  c’est quand même l’équilibriste qui monte l’échelle avec deux ou trois énormes paquets sur la tête, et sans les mains !

Le spectacle une fois terminé, j’applaudis les artistes qui me regardent perplexes avant de me saluer au départ du bus.  On est donc reparti ! Je m’étais rassuré comme je pouvais en me disant que tout ce poids ferait gagner un peu de stabilité au bus mais les premiers virages confirment une toute autre chose : j’ai toujours été nul en physique ! Enfin, tant que les pneus touchent encore le sol… Après une autre escapade dans la ville (qui fait plus de 40 kilomètres de long) on arrive enfin à la gare de bus centrale où montent les derniers passagers. Ça y est, plus un siège ni une couchette de libre, on est paré ! Il est 23h00, on va enfin pouvoir y aller !

Lorsqu’on me dépose au petit matin, c’est à peine si j’ai fermé l’œil de la nuit, mais je suis bien content de mettre des pieds sur terre et j’ai grand hâte de voir la mer. Je marche donc dans la direction opposée au soleil qui pointe le bout de son nez en me disant que je finirais bien par apercevoir cette mer d’Arabie… Après une heure de marche j’arrive à une rivière, et la mer semble encore loin. Je cherche quelqu’un qui parle anglais, on m’explique que la plage est à 5km d’ici juste un peu plus au nord. Je me décide donc à prendre un AutoRickshaw, ces célèbres taxis à 3 roues qui doivent bien constituer la moitié du trafic de l’Inde ! Une longue course plus tard, j’arrive enfin sur une bonne plage de sable fin ! Ici les palmiers ne sont pas tout à fait les mêmes car ce sont des cocotiers ! Une noix de coco je ne savais pas que c’était comme ça moi ! Une noix de coco en fait ça a une grosse enveloppe verte ou jaune à l’intérieur de laquelle se cache le bois, la chair et le lait. Pour l’éplucher, il faut un bon coupe-coupe et un bon coup de main. Faut l’attaquer en diagonale. Et faire attention à ses doigts. Quant t’es parvenu à lui tailler un chapeau qui descend jusqu’au cœur, alors tu enlèves la coiffe et tu bois la bonne coco nut water inside, c’est super healthy qu’on t-a même dit! Après une autre taille, tu peux aussi manger la chair encore gélatineuse.

Sur les hauts murs qui enclavent le port commercial des singes se promènent et regardent les indiens  qui se baignent souvent assis sur le sable pour être sûr de ne pas avoir à faire ce qu’on ne leur a jamais appris : nager…

Au retour de cette plage, je prends le bus qui m’offre une autre singulière épopée. Dans ces bus, il y a une ficelle qui parcourt tout le couloir du bus jusqu’à une petite clochette qui se trouve près du conducteur. Lorsque l’homme qui vend les tickets sonne une fois, le chauffeur ralenti, quand il sonne deux fois le chauffeur accélère. Entre les deux, des passagers montent et descendent, parfois même sans que le bus de n’immobilise complètement. Pour peu que tu mettes plus de 3 secondes pour mettre un pied sur la première marche, le chauffeur s’impatiente et joue de son klaxon. A peine le pied du dernier passager sur la première marche que c’est reparti ! Souvent les bus sont plein avec des têtes qui sortent des fenêtres sans vitre et des jambes qui trainent par les portes ouvertes.  Et ici, l’heure de pointe se pointe tout le temps. Alors imaginez un bus plein à craquer arrivant à toute vitesse à un croisement à trois routes où le trafic est presque bloqué. Mr volant et Mr ticket se regardent d’un air complice. Le bus déboite de suite sur la droite et coupe à travers un terrain vague. Il passe enfin entre deux arbres sur un chemin assez étroit pour hésiter à s’y engager en scooter ! Et arrive sur la route centrale, du mauvais côté forcément. Le monsieur qui vend les tickets se transforme alors en monsieur qui joue du sifflet. Il saute du bus et s’improvise agent de la circulation, bloque des voitures pour permettre à son chauffeur de se remettre dans la file. On a gagné 100m !

 Je crois que plus encore que les fakirs ou les éléphants, un chauffeur indien ça impressionne. Il est pied nu et concentré, avec d’excellents réflexes et un bon klaxon. Le klaxon est indispensable à n’importe qui espérant conduire sain et sauf. Il permet de signaler sa présence à tout ceux qui tracent aussi leur route: piétons, vélo, scooter, voiture, camion, bus, taxi à trois roues, enfants qui jouent, vaches, euh non pardon, les vaches on ne leur klaxonne jamais dessus, il faut juste attendre qu’on ait la place de passer. Parfois ils ont des systèmes de klaxon très particulier. Une petite barre de métal que l’on presse contre une autre peut produire un son assourdissant. Encore mieux, lorsque tu la presse et la relâche brusquement, la tige se met à vibrer et produit un son électronique digne d’une fête foraine. Et alors comme par magie, tous les dangers potentiels sont neutralisés… Mais parfois, assis près du chauffeur, ça fait mal aux oreilles.

 

Centre ville, je cherche et trouve un internet garage. Coupure d’électricité générale. Et ça repart, ça va ça n’était pas trop long. Fidel m’a répondu ! Il peut m’héberger ici à Mangalore. Je l’appelle, que je rappelle dans deux heures ; bon. Je le rappelle, que je rappelle dans deux heures ; je le rappelle, que je le rappelle dans une heure, je rappelle personne, personne, personne, ah enfin quelqu’un, je l’attends trente minutes devant une banque, enfin il m’emmène chez lui. Famille chrétienne ! Un beau jardin, assez sauvage, et une belle maison, celle que sa très agréable grand-mère habite depuis le jour de son mariage. Je passe d’ailleurs bien plus de temps avec elle qu’avec son petit fils -trop occupé à étudier la mécanique (du rafraichissement !) - que ce soit en regardant son dessin animé préféré ou en discutant de nos familles respectives.
Voir les 0 commentaires
Ecrire un commentaire
Vendredi 4 juin 2010 5 04 /06 /Juin /2010 10:45


Décollage…

Atterrissage dans la nuit

aux Emirats arabes unis

35 degrés!

Climatisation dans le bus,

aaatchoum !

Aéroport,

ses fumoirs et salles de prières.

Chercher à manger :

 Sandwich localisé !

Mal réveillé, 3 code pins :

Carte bloquée !

 

Repartir…

Le ciel de Bangalore,

rougit par la fenêtre.

 

Un militaire fouille

les nettoyeurs d’avion

avant qu’ils montent.

 

Le  personnel nombreux,

« Sir » par ci, « Sir » par là

nous montre où l’on va déjà.

 

Service d’immigration,

remplir les cases,

peu importe avec quoi :

Stylo vert

rue de la banquise et numéro de Milou

feront l’affaire.

 

Une fillette

me montre sa sœur :

« Your wife ! »

 

Réussir

à ne pas prendre le taxi

mais le bus

 

Il est très tôt

Il fait déjà chaud

Et on roule à droite

 

Téléphoner :

Chercher une carte

Avoir besoin de pièces !

 

Allo Moksha ? Son père architecte, sa mère antiquaire :

belle maison, grande chambre d’ami, grand confort !

A côté, l’employée de maison et son fiston dorment sur le carrelage

 

Moksha, a des amis qui tiennent un restaurant-bar.

Souvent, on s’y rend mais ne restons pas tard:

Car avant minuit, tout doit fermer, et interdit de danser !

La police, fait la tournée des bars, pour vérifier.

Et c’est comme ça dans tout l’état du Karnataka

 

En parlant de police vous ne connaissez pas la (mauvaise) nouvelle :

Je cherche, quatre jours après l’atterrissage, mon appareil photo… Disparu, perdu, oublié dans l’avion après m’en être servi comme montre? Toujours est- il qu’il ne paraitra plus.

Ah l’avion: une carte de crédit bloquée et un appareil photo envolé ! Finalement le Pakistan aurait peu être été plus !

J’ai hésité, à être égoïste, ne pas en prendre un autre…

C’est que la photo, c’est moralement fatiguant! Je comprends qu’il y en ait qui en fasse leur métier !

Finalement, l’égoïsme l’emporte.

En attendant qu’un viel argentique me tombe dans les mains

ou bien que j’en fasse un gagne pain !

 

Voir les 1 commentaires
Ecrire un commentaire

Calendrier

Janvier 2012
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30 31          
<< < > >>

Rechercher

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés