Vient enfin le moment de partir, reprendre la route de Bangalore où il devient très urgent que je récupère ma carte bleue. Dans le bus, je rencontre, Timer un hollandais tout juste majeur qui se trimballe avec son djembe. Deux bus de nuit et une journée à Bangalore plus tard, on se retrouve tous les deux à Hampi dans une chambre de l’association Hampi children trust pour laquelle je vais faire un peux de volontariat. Mon collègue n’est en revanche pas très motivé, il a déjà fait un mois de volontariat dans un orphelinat de PONDICHERRY et apparemment, ça l’a un peu dégouté des enfants ! Il s’en va deux jours plus tard, je vais rester au bord de cette charmante rivière une bonne semaine de plus.
A vélo ou à pieds, on explore ces majestueux temples et autres ruines de Vijayanagar, une des plus grande villes d’Asie il ya de cela cinq bonnes centaines d’années, où près de 500 000 personnes vivaient dans ce lieu magique consacré royaume des dieux des singes.
Effectivement, il ya des singes partout, des petits et des plus gros, des peureux et des voleurs qui guettent depuis les arbres ou les toits, prêts à dérober, rapides comme le vent, de la nourriture qui ne serait pas surveillée.
La ville ressemble maintenant plutôt à un village paisible planté dans un décor de westerns, avec une rivière qui borde le village, sans pont, alors elle se traverse à bord d’un petit bateau à moteur ou d’un radeau de fortune, en feuilles tressées recouvertes de plastique. Lorsqu’on arrive, Timer et moi, à un point de passage après avoir pédalé et porté nos vélos sur quelques kilomètres, pas de bateau, mais un de ces radeaux. Dans la file d’attente, une huitaine de personnes et deux motos qui nous laissent perplexes. Nous pronostiquions déjà sur nos chances de pouvoir embarquer sur ces coquilles de noix avec nos vélos alors on imagine que les bécanes ne sont là que pour attendre les passagers qui sont en train de faire la traversée en sens inverse …
Enfin on embarque !
Les vélos d’abord.
Bon. Les deux d’un coup ?
Oui oui les deux.
Viennent les motos !
Quoi ? Les deux ?!
Puis les passagers.
On se case où l’on peut, on a déjà les pieds dans d’eau.
Et c’est parti! L’eau monte jusqu’aux chevilles, puis jusqu'aux mollets, mais c’est normal qu’on nous dit. Il n’y a qu’à en retirer au fur et à mesure et hop, nous voilà de l’autre côté ! Un bain n’aurait pas été désagréable par cette chaleur mais nos vélos ne savent pas nager. Bref, contents d’être au sec de l’autre côté.
Lorsque je veux me baigner, j’apprends que c’est interdit aux touristes. C’est pô juste que je me dis, nous aussi on a chaud ! Je me mets en quête des waterfalls, les cascades qui sont un peu en amont, en me disant que ça sera plus tranquille et que je pourrai m’y baigné sans être vu. Après une demi-heure de marche, je tombe sur une femme assise sur un tronc d’arbre qui me demande : waterfalls ?
Yes, que je dis, this way ?
Et je continue à marcher en me disant que je tomberai bien dessus en longeant la rivière. Mais c’est que je suis suivi ! En fait on m’avait parlé d’elle, elle accompagne les visiteurs et leur montre le chemin contre un petit billet. Mais c’est que je veux les trouver tout seul moi, ces waterfalls. Ça n’a pas l’air facile, quant j’accélère le pas, elle accélère aussi et puis bien vite je me rends compte que son aide est précieuse pour trouver l’étroit chemin qui traverse des marécages. Je lui demande où est le meilleur endroit pour se baigner et elle me montre un endroit sans trop de courant, mais où l’eau n’est pas vraiment claire, me soutire deux billets et repart aussi sec. Et moi eh bien je me baigne enfin, mais sans trop de plaisir, l’eau ne donnant pas vraiment envie. Le lendemain, je me réveille en me grattant, et découvre de belles plaques rouges un peu partout sur le corps… Je comprends mieux pourquoi la baignade est interdit aux touristes ! En fait la rivière est ultra polluée par l’exploitation de plusieurs mines un peu en amont.
C’est Rob the painter qui m’explique ça, un peintre hollandais que le peintre autrichien Sam -que j’ai rencontré à Matala- avait lui-même rencontré 20 ans plus tôt lors d’un voyage en Inde. En Crète, Sam m’avait demandé d’aller passer le bonjour à son vieux copain Rob si par hasard je passais par Hampi. Et comme Hampi c’est un des incontournables, et que c’était sur ma route, ça tombe bien ! Rob est marié à une indienne, et ils ont des enfants de mon âge et des enfants qui pourraient être les miens. On passe un bout de temps à parler du temps qui passe et qui transforme l’Inde devant son nez depuis plus de vingt ans.
Retour à l’association Hampi Children’s Trust où j’arrive pour huit heures du matin sur la terrasse qui surplombe ma chambre, et accueille les enfants qui arrivent, m’assoie avec eux sur le sol et joue à leurs jeux dont ils tentent souvent de m’expliquer les règles dans leur langue, le kannada. Des plus grands, qui ont plus d’années d’anglais derrière eux, me viennent parfois en aide pour pouvoir comprendre. En échange, je vérifie quelques opérations, les motive à finir quelques lignes d’écriture ou à réviser leurs tables de multiplication. Mais le matin, le plus gros des devoirs est déjà fait, sauf pour ceux qui sont passés à travers les mailles du contrôle de l’après midi précédente. Parfois il faut éplucher les légumes, passer le balai ou servir le petit déjeuner. Lorsque ce dernier arrive, tout le monde s’assoit sur des nattes à même le sol et on mange avec les doigts. Enfin on vérifie les cartables, parfois on chante un hymne ou un autre, et enfin les enfants repartent comme ils sont venus, au compte goutte, pour prendre la direction de l’école. Ils reviennent vite fait pour le déjeuner, repartent pour quelques heures d’écoles de plus et ils sont déjà de retour pour les devoirs, les cours d’anglais, de musique ou des jeux, et leur diner. Le tout dans un joyeux brouhaha, et je suis surpris de voir que les cris de plus jeunes ne dérangent pas plus que ça les cours de musique qui ont lieu un mètre plus loin.
Le samedi après-midi, on quitte enfin cette petite terrasse et on va jouer dehors.
Ce sont des enfants qui n’ont pas de parents pour s’occuper d’eux mais un toit pour dormir, offert le plus souvent par quelques membres de leur famille. A Hampi, il y a beaucoup de touristes, quelques pauvres et beaucoup de villageois qui gagnent plus d’argent qu’ils ne peuvent en dépenser. Heureusement que l’alcool est interdit dans ce lieu sacré ; car il fait déjà pas mal de dégâts chez les patrons d’hôtel restaurant ou les chauffeurs de rickshaw. Et on trouve toujours un serveur pour camoufler un peu de rhum dans un verre de coca ou une tasse de thé à la terrasse des roof top restaurants qui offre des vues imprenables sur le temple ou la rivière.
A Hampi, il ne pleut pas souvent, même pendant la mousson, et quand il fait trop chaud et que le ciel a l’air de tenir ses étoiles sous son aile pour toute la nuit, alors les habitants sortent les matelas des maisons et toute la famille peut dormir à l’air frais. Lorsque le ventilateur de ma chambre s’arrête de tourner à cause d’une panne d’électricité, je pense souvent à faire la même chose mais préfère me promener dans les ruelles noires du village en attendant que le courant se rétablisse. Mais je ne m'éloigne jamais très loin car les chiens , la nuit, sont bien plus agressifs que le jour quand ils ne reconnaissent pas les gens qui passent. Ceux de mon quartier, eux, se sont habitués à ma présence.